
Au moment où le rabbin voulut se saisir de la clef, la porte s’ouvrit, et un homme blême, grand et maigre, sortit, une très longue liste à
la main. Le Rabbin sut tout de suite que cet homme grand et maigre n’était autre que la mort. La liste n’était autre que celle des gens appelés à mourir le lendemain. Le Rabbi Loew fut saisi
d’effroi en y lisant son nom et ceux de tous ses compagnons. Il s’empara de la liste et la déchira en petits morceaux.
« Cette fois tu as réussi à m’échapper, dit la Mort. Mais prend garde de ne pas me rencontrer une autre fois ! »
Le Rabbi, sachant que la mort n’aurait de cesse de s’emparer de lui, ne tenait guère à une telle rencontre. Il consulta de nouveau ses livres, et, comme il était également adroit en mécanique, il se fabriqua un petit appareil qui le protégerait de la mort et qu’il porterait dorénavant toujours sur lui. Que la mort rôde près de lui, le petit appareil se mettrait à sonner comme une vieille montre, et le rabbin pourrait ainsi échapper à son destin.
La mort se cacha sous toutes les formes possibles pour l’approcher mais, grâce à sa ruse, le talmudiste la décela à chaque fois. Elle prenait un jour l’apparence d’une petite vendeuse, pour mieux se déguiser le lendemain en pêcheur apportant le poisson du Sabbat, puis en mendiant ou même en monsieur distingué venu lui présenter ses hommages. Chaque fois, son appareil le prévenait du danger mortel.
De longues années passèrent ainsi. Un jour, ses élèves, sa famille, et ses amis vinrent lui témoigner de leur estime et de leur gratitude à l’occasion de son anniversaire.
Très ému, le Rabbi Loew oublia son appareil dans son bureau et alla à la rencontre de ses hôtes avec un large sourire. La plus jeune de ses petites-filles entra en dernier une magnifique rose à la main. Le Rabbin se réjouit de ce cadeau et se pencha pour en apprécier le parfum. Il tomba en ce même instant sur le sol, mort. La mort s’était dissimulée dans la rose. Dans la pièce attenante le petit appareil magique retentit fort longtemps, si longtemps que ses ressorts en vinrent à se rompre. Personne ne se douta toutefois un seul instant que c’était dans cette belle goutte de rosée qui brillait sur la fleur que la mort s’était dissimulée.
Je n'avais pas vu cette histoire sous cet angle ... Il y a toujours des strates de sens qui échappent même à l'observateur le plus attentif, c'est une des vertus du partage que de permettre de compléter son regard.
à bientôt, Gunga Din
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