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Lundi 26 mai 2008
par Antiochus communauté : Le Chant dans tous ses états

A propos d'Idoménée, lire ICI et ICI

Hier, 25 Mai 2008, représentation d'Idomeneo à l'opéra de Bordeaux.
Moment exceptionnel, comme cela arrive assez souvent dans ce théâtre.
Quelques éléments :

Kobie van rensburg (Ténor)
Idomeneo
 Elza van den Heever (Soprano)
Elettra
 Henriette Bonde-Hansen (Soprano)
Illia
 Jennifer Holloway (Mezzo-Soprano)
Idamante
 Karen Kamensek
Direction musicale
 Yannis Kokkos
Mise en scène, décors, costumes

et aussi :
- Arbace : Donat Havar
- Le Grand Prêtre de Neptune : Phillipe Do
- La Voix : Jérôme Varnier
- Lumières de Patrice Trottier

Représentation exceptionnelle donc, grâce à Yannis Kokkos qui signe à Bordeaux sa première mise en scène d'Idomeneo ... il est également le créateur des costumes et du décors ... Intelligence, finesse, sobriété et surtout redoutable efficacité de tout le dispositif scénique qui, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous est organisé autour d'un immense oeil qui entoure le cadre de scène, l'iris et la pupille étant disposés tout au fond du décor. Trois colonnes mobiles rythment le temps et l'espace tout au long des trois actes de l'oeuvre. Véritables acteurs, au même titre que les protagonistes, ces éléments du décor soulignent, quand il le faut, les états d'âmes des personnages. Surtout lorsqu'ils se trouvent dans une impasse ou un dilemme impossible à résoudre.
A l'opéra, comme l'on sait, il faut beaucoup de conditions remplies pour qu'une représentation s'approche de la perfection. Ce dimanche, nous avons assisté à une de ces moments de grâce où tout semble aller de soi ... La direction musicale est vivante et inventive, l'orchestre et son chef Karen Kamensek nous tiennent en haleine d'un bout à l'autre de l'oeuvre, soutenant, accompagnant, dynamisant les chanteurs qui paraissent alors comme transportés, transcendés. Il faut dire que la distribution est de tout premier ordre : Trois chanteurs d'exception font vivre l'opéra de Mozart et portent haut le chant lyrique. D'abord L'Idomeneo de Kobie van Rensburg, ténor à la voix puissante et virile qui nous gratifie de vocalises époustouflantes dans son air : "Fuor del mar"  il interprète le roi de Crête avec fougue, colère et conviction. C'est un régal de beau chant.  Quant à Elettra de Elza Van den Heever, dont c'est la prise de rôle,  c'est le mot perfection qui vient à l'esprit en premier, adéquation aussi ...  Elle possède la totale maîtrise de son grand soprano et se hisse au plus haut niveau grâce à une science du chant et de la conduite de la voix qui force le respect,  elle possède tout ce qu'il faut pour interpréter la fille du roi Agamemnon : le souffle immense, la tessiture et surtout une ductilité vocale qui lui permet de nous surprendre à chaque instant par des accents nouveaux, des  nuances infinies - même dans les airs de colère si souvent hurlés -  elle est loin d'être au maximum de ses possibilités et c'est un confort pour ceux qui écoutent. Elle peut faire tonner (sans détimbrer) sa voix dans les forte et conduire son chant légato, avec des sons filés magnifiques  "idol mio, se ritroso" dans les moments plus sereins. La chanteuse paraît tellement accomplie, qu'elle peut se consacrer à l'interprétation du drame (comme Idomeneo d'ailleurs) et se déplacer sur scène avec une grande aisance. La troisième bonne surprise est le soprano lyrique corsé qui interprète Illia : Henriette Bonde-Hansen ... Le style mozartien est maîtrisé et son chant s'écoule, comme naturel, avec élégance et sûreté. On peut parler de soprano "corsé" car le timbre est charnu et le médium dense, pas Despina ni Zerlina mais plutôt Suzanna des Noces de Figaro (rôle qu'elle a déjà interprété). De bout en bout elle donne vie à Illia avec toutes les nuances exigées ... on comprend l'amour d'Idamante pour elle. Un cran en dessous, nous trouvons l'Idamante de Jennifer Holloway, voix pas toujours assez sonore mais bien conduite malgré tout, même si on pourrait  souhaiter un peu plus d'abattage.
Le public bordelais, traditionnellement un peu froid, ne s'y trompe pas et fait un triomphe à cette nouvelle production et à cet opéra trop peu représenté (la dernière fois en 1982 à Bordeaux).  


      

publié dans : OPERA et musique vocale
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Commentaires

Je n'aurais pas dit mieux à la suite de la représentation que nous avons eu le bonheur de savourer ensemble
Commentaire n° 1 posté par Renée Darmon le 27/05/2008 à 09h26

Tu n'aurais pas dit mieux, chère Renée ? merci du compliment mais la question qui me vient c'est : Qu'aurais-tu pu dire de plus ? (je te taquine et je suis sérieux à la fois !)

Réponse de Antiochus le 27/05/2008 à 15h11
Je viens de lire ton analyse de ce que nous avons vu et surtout entedu dimanche... elle est parfaite, juste et objective !
Je reste sous le charme de cette représentation qui m'a transportée vers un ailleurs difficile  décrire.
Je vais peut être y retourner dimanche prochain pour la dernière !
Isabelle
Commentaire n° 2 posté par CAILLAUD le 28/05/2008 à 21h52
Merci, chère Isabelle de ton appréciation ... Je suis heureux d'avoir été, avec toi et notre petit groupe, transporté vers cet "ailleurs" que tu ne peux décrire ... ( et si tu essayais ? CHICHE !) et Bienvenue parmi les commentateurs de ce blog !
Antiochus
Réponse de Antiochus le 29/05/2008 à 10h49
J'ai envie de relever ton aimable défi : je dirai que cette représentation était unique comme d'ailleurs tous les moments de la vie, mais qu'elle avait "le je ne sais quoi" expression si chère à St jean de La Croix pour évoquer l'infini, l'inexprimable, le "divin" dans l'harmonie et, bien sûr, la beauté
Commentaire n° 3 posté par Darmon le 31/05/2008 à 09h18
Merci Renée de relever mon "aimable défi" comme tu le nommes ... tu as bien sûr raison de parler de "divin" ... moi je parlerais plus de "sacré" mais c'est un peu la même chose.
A propos du divin, les chanteurs et chanteuses d'opéra se sont appelés de tout temps : Divo et Diva ... pour Maria Callas on disait, encore plus précisément : la Divine ... dans le monde lyrique, comme dans d'autres champs de culture on parle aussi de "monstre sacré" le vocabulaire est riche et révélateur !
affectueusement, Antiochus
Réponse de Antiochus le 31/05/2008 à 10h06

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