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"L’Île des Morts" du peintre suisse
Arnold Böcklin.
C'est une peinture à l'huile sur toile de 80 cm x 150 cm particulièrement évocatrice et symbolique. Elle représente une île au coucher du soleil, vers laquelle se dirige une embarcation conduite par Charon (*), le guide des morts. À ses côtés dans le bateau, un défunt debout, dans son linceul regarde vers la crique dans laquelle va entrer la barque.
Sur l’île, une cour dans l’ombre, des rochers escarpés et de hauts cyprès donnent à l’ambiance un parfum de solitude et d’oppression.
Arnold Böcklin a peint pas moins de 5 versions de son célèbre tableau entre 1880 et 1886.
ci-dessous la version de 1886

L'œuvre constitue une description musicale du tableau du peintre suisse, dont Rachmaninov s'attache tout
particulièrement à recréer l'atmosphère lugubre. La musique, présente un net caractère wagnérien. En ce début du 20ème siècle, la musique "descriptive" est à son apogée et le Poème
symphonique est la forme musicale qui se prête le plus à l'évocation romantique des récits et des états d'âmes qui les accompagnent.
La célébrité de l'œuvre tient à son thème principal, illustrant le clapotis de l'eau et le balancement du bateau mortuaire : la partition décrit l'approche silencieuse et furtive du bateau, le voyage à travers la nuit, le brouillard dense, les adieux passionnés au bonheur terrestre, la douce libération de la mort ; puis, après qu'il eut déposé son fardeau, le passeur retraverse l'eau et disparaît.

(*) Dans la mythologie grecque, Charon ou Caron (en grec ancien Χάρων / Khárôn), le « nocher des Enfers » (le nocher est celui qui conduit une embarcation), était le fils d'Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit). Il avait pour rôle de faire passer sur sa barque, moyennant un péage, les ombres errantes des défunts à travers le fleuve Achéron (ou selon d'autres sources, le Styx) vers le séjour des morts.
L'Île aux Morts est un de mes tableaux préférés, avec Le Cri de Munch et le portrait de Chopin de Delacroix - je crois que j'accepterai la damnation éternelle pour voir ces trois tableaux accrochés une seule minute sur mes murs - malheureusement pour lui, je crois que Satan m'attendra longtemps, pour ce motif là du moins !
Il existe effectivement plusieurs versions de ce tableau qui ne sont pas toutes aussi sombres. Pour moi, il est apaisant, protecteur, rassurant - il me plaît à penser que cette île n'en est pas une et qu'après la relative austérité du port, derrière les cyprès, se dissimule un monde que nos facultés ne nous permettent pas d'appréhender. Les cyprès sont récurents dans les peintures romantiques et plus particulièrement chez Böckling - et bien sûr, c'est pure coincidence, ils sont de mes essences préférées avec les oliviers et les pins parasols.
Malheureusement, l'interprétation qu'en donne Rachmaninov ne correspond pas à ce que je ressens, le fond de barcarolle étant un peu convenu. D'autre part, je trouve qu'il existe un décalage entre les deux ambiances, l'une étant purement romantique alors que l'orchestration a des teintes très - trop XXième siècle (pourtant Rachmaninov reste généralement très "classique" dans ses constructions et ses harmonies). Il me semble que cette série de tableaux mériterait un traitement plus wagnérien ; les couleurs de Berlioz lui siéraient également. Ou Malher...
Toujours est-il que ce tableau est une importante source d'inspiration. Je regrette d'avoir manqué un ouvrage qui lui avait été consacré voici dix ou quinze ans. Je pense qu'il est épuisé à l'heure qu'il est - je l'avais vu à la FNAC, c'était une sorte de compilation de tout ce qui tournait autour, les peintures, croquis, ébauches, la musique, les écrits... Je crois me souvenir qu'il y a même eu un film sur ce sujet.
Mais je suis très limitée : je ne fonctionne qu'à l'instinct !
En tous cas, merci d'avoir réussi à me changer les idées : les dimanches sont toujours interminables, comme la vie parfois...
Belle et sensible description du tableau de Böcklin ... pour moi aussi ce tableau est rassurant et protecteur ... il est un tremplin à l'imagination créative de celui (celle) qui le regarde.
En ce qui concerne la musique, je n'ai pas cherché à relier "L'île des morts" à la musique qu'elle m'évoque, sinon je serais probablement allé du côté de Bruckner (9eme symphonie). Ce qui m'a intéressé c'est de livrer, tel quel, le poème symphonique de Rackmaninov puisqu'il est ouvertement inspiré par le tableau de Böcklin ... Quand à la qualité de la composition ... Il y aurait beaucoup à dire ... en tous cas je trouve "l'illustration" réussie' ...
Merci d'avoir pris la peine de donner votre avis !
Cordialement,
Antiochus
La musique reflète bien l'atmosphère mystèrieuse, l'aventure de ce passage fluvial vers cette île, entre tumulte et moment de pause, entre doute et résignation (va savoir ?)...
Pour info à Marguerite, si elle recherche un livre épuisé, peut-être trouvera-t-elle son bonheur auprès des bouquinistes de Montolieu, un village Audois qui vit autour du livre (http://www.montolieu.net/bouquinistes/index.htm).
Merci antiochus pour ce voyage outre tombe !
Effectivement une des versions a été détruite pendant la guerre ... probablement celle que possédait Hitler (j'ai appris cela sur Wikipédia mais je n'ai pas eu le loisir de vérifier la véracité de l'information) ... Je suis heureux que tu aies apprécié le poème symphonique de Rachmaninov si peu connu et si décrié ... je trouve, comme toi, qu'il colle bien à l'atmosphère du tableau ... et que, quelque part, il le transcende ! Quand au voyage sur la barque de Charon ... repoussons cette inéluctable expérience le plus tard possible !
Amitiés !