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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 15:10
- Par ANTIOCHUS



Arnold-Bocklin-autoportrait-1872.jpg

 

"L’Île des Morts" du peintre suisse Arnold Böcklin.


C'est une peinture à l'huile sur toile de 80 cm x 150 cm particulièrement évocatrice et symbolique. Elle représente une île au coucher du soleil, vers laquelle se dirige une embarcation conduite par Charon (*), le guide des morts. À ses côtés dans le bateau, un défunt debout, dans son linceul regarde vers la crique dans laquelle va entrer la barque.

Sur l’île, une cour dans l’ombre, des rochers escarpés et de hauts cyprès donnent à l’ambiance un parfum de solitude et d’oppression.

Arnold Böcklin a peint pas moins de 5 versions de son célèbre tableau entre 1880 et 1886.

ci-dessous la version de 1886

ARNOLD-1.jpg

 Ce tableau inspira à Serge Rachmaninov un poème symphonique qu'il composa en 1909.

L'œuvre constitue une description musicale du tableau du peintre suisse, dont Rachmaninov s'attache tout particulièrement à recréer l'atmosphère lugubre. La musique, présente un net caractère wagnérien. En ce début du 20ème siècle, la musique "descriptive" est à son apogée et le Poème symphonique est la forme musicale qui se prête le plus à l'évocation romantique des récits et des états d'âmes qui les accompagnent.

La célébrité de l'œuvre tient à son thème principal, illustrant le clapotis de l'eau et le balancement du bateau mortuaire : la partition décrit l'approche silencieuse et furtive du bateau, le voyage à travers la nuit, le brouillard dense, les adieux passionnés au bonheur terrestre, la douce libération de la mort ; puis, après qu'il eut déposé son fardeau, le passeur retraverse l'eau et disparaît.

 






La musique de Rachmaninov illustre parfaitement et transcende tout à la fois la peinture de Arnold Böcklin et par là même le mythe que le peintre à voulu représenter ... Bien au-delà de la mort symbolisée par cette île entre rêve et cauchemar, c'est la Vie que célèbre la musique de Rachmaninov ... mais également, son inéluctable issue. 
Laissez-vous emporter par la pulsation rythmique voulue par le compositeur Russe, bercer par le doux balancement de la barque de Charon et, paradoxalement, rassurer par la protection du nocher.

Une autre version de "l'île des morts" datée de 1880.

Ile-des-morts-1880.jpg

(*) Dans la mythologie grecque, Charon ou Caron (en grec ancien Χάρων / Khárôn), le « nocher des Enfers » (le nocher est celui qui conduit une embarcation), était le fils d'Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit). Il avait pour rôle de faire passer sur sa barque, moyennant un péage, les ombres errantes des défunts à travers le fleuve Achéron (ou selon d'autres sources, le Styx) vers le séjour des morts.


Communauté : Utopia - Publié dans : Peinture - gravure - dessin
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Commentaires

Bonsoir Antichus. J'interviens peu - en fait uniquement quand le sujet me passionne et quand mon humeur s'y prête...

L'Île aux Morts est un de mes tableaux préférés, avec Le Cri de Munch et le portrait de Chopin de Delacroix - je crois que j'accepterai la damnation éternelle pour voir ces trois tableaux accrochés une seule minute sur mes murs - malheureusement pour lui, je crois que Satan m'attendra longtemps, pour ce motif là du moins !

Il existe effectivement plusieurs versions de ce tableau qui ne sont pas toutes aussi sombres. Pour moi, il est apaisant, protecteur, rassurant - il me plaît à penser que cette île n'en est pas une et qu'après la relative austérité du port, derrière les cyprès, se dissimule un monde que nos facultés ne nous permettent pas d'appréhender. Les cyprès sont récurents dans les peintures romantiques et plus particulièrement chez Böckling - et bien sûr, c'est pure coincidence, ils sont de mes essences préférées avec les oliviers et les pins parasols.

Malheureusement, l'interprétation qu'en donne Rachmaninov ne correspond pas à ce que je ressens, le fond de barcarolle étant un peu convenu. D'autre part, je trouve qu'il existe un décalage entre les deux ambiances, l'une étant purement romantique alors que l'orchestration a des teintes très - trop XXième siècle (pourtant Rachmaninov reste généralement très "classique" dans ses constructions et ses harmonies). Il me semble que cette série de tableaux mériterait un traitement plus wagnérien ; les couleurs de Berlioz lui siéraient également. Ou Malher...

Toujours est-il que ce tableau est une importante source d'inspiration. Je regrette d'avoir manqué un ouvrage qui lui avait été consacré voici dix ou quinze ans. Je pense qu'il est épuisé à l'heure qu'il est - je l'avais vu à la FNAC, c'était une sorte de compilation de tout ce qui tournait autour, les peintures, croquis, ébauches, la musique, les écrits... Je crois me souvenir qu'il y a même eu un film sur ce sujet.

Mais je suis très limitée : je ne fonctionne qu'à l'instinct !

En tous cas, merci d'avoir réussi à me changer les idées : les dimanches sont toujours interminables, comme la vie parfois...

Commentaire n°1 posté par Marguerite Duplessis le 13/12/2009 à 18h25
Bonjour Marguerite Duplessis,
Belle et sensible description du tableau de Böcklin ... pour moi aussi ce tableau est rassurant et protecteur ... il est un tremplin à l'imagination créative de celui (celle) qui le regarde.
En ce qui concerne la musique, je n'ai pas cherché à relier "L'île des morts" à la musique qu'elle m'évoque, sinon je serais probablement allé du côté de Bruckner (9eme symphonie). Ce qui m'a intéressé c'est de livrer, tel quel, le poème symphonique de Rackmaninov puisqu'il est ouvertement inspiré par le tableau de Böcklin ... Quand à la qualité de la composition ... Il y aurait beaucoup à dire ... en tous cas je trouve "l'illustration" réussie' ...
Merci d'avoir pris la peine de donner votre avis !
Cordialement,
Antiochus
Réponse de ANTIOCHUS le 15/12/2009 à 09h32
Ce tableau m'avait marqué étant jeune, je parcourait un Larousse et j'étais tombé sur une illustration de cette toile. Il y a des tableaux qui marque, surtout ceux avec autant de mystère. Pour Info j'ai vu sur internet qu'une version de ce tableau avait été détruit pendant la seconde guerre.

  La musique reflète bien l'atmosphère mystèrieuse, l'aventure de ce passage fluvial vers cette île, entre tumulte et moment de pause, entre doute et résignation  (va savoir ?)...

Pour info à Marguerite, si elle recherche un livre épuisé, peut-être trouvera-t-elle son bonheur auprès des bouquinistes de Montolieu, un village Audois qui vit autour du livre  (http://www.montolieu.net/bouquinistes/index.htm).

Merci antiochus pour ce voyage outre tombe !
Commentaire n°2 posté par Cratès le 15/12/2009 à 15h57
Salut Crates
Effectivement une des versions a été détruite pendant la guerre ... probablement celle que possédait Hitler (j'ai appris cela sur Wikipédia mais je n'ai pas eu le loisir de vérifier la véracité de l'information) ... Je suis heureux que tu aies apprécié le poème symphonique de Rachmaninov si peu connu et si décrié ... je trouve, comme toi, qu'il colle bien à l'atmosphère du tableau ... et que, quelque part, il le transcende ! Quand au voyage sur la barque de Charon ... repoussons cette inéluctable expérience le plus tard possible !
Amitiés !
Réponse de ANTIOCHUS le 16/12/2009 à 11h54
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