C'est en 1779, lors d’un voyage dans l’Oberland bernois, qu’inspiré par la chute du Staubbach, qui tombe d’un seul jet de
quelques trois cent mètres dans le fond d’une gorge où elle se perd en bouillonnements et en pluie d’écume que Gœthe avait écrit "Gesang der Geister über den Wassern", où il se livre à une
double comparaison entre eau et âme humaine d’une part, vent et destinée humaine d’autre part Schubert conçut de ce poème symbolique cinq versions musicales : la première en 1817, la dernière
en février 1821. Dans les sept premiers vers sont mis en parallèle l’âme humaine et l’eau : toutes deux viennent du ciel et y retombe avant de devoir, toujours changeantes, retomber sur terre.
Schubert plante le décor par des harmonies audacieuses, un style parfois franchement syllabique, un tempo très lent et une atmosphère chargée de mystère et de spiritualité. Les vers 8 à 17 sont
une description poétique de la chute de Staubbach, avec le vent réduisant l’eau en poussière avant qu’elle n’atteigne la terre. La musique de Schubert est plus animée, avec de constants
contrastes d’intensité. Les vers 18 à 22 évoquent l’eau bouillonnante et l’âme humaine agitée de passions. Schubert parvient à son sommet dramatique, avec voix, se rejoignant à l’unisson ou se
doublant à la tierce. Les vers 23 à 27 évoquent l’eau apaisée, où se mire les étoiles. Le vent (vers 28 à 31) y cause de doux ondoiements, parfois des vagues puissantes. Les vers 32 à 35
dressent enfin explicitement la double comparaison à la base de toute l’œuvre. Musicalement, cette dernière partie est une synthèse remarquable, calme en apparence mais fort agitée de
l’intérieur, des précédentes. Voici le texte intégral et sa traduction en français.
L’âme de l’homme Des Menschen
Seele
Ressemble à l’eau : Glelcht dem
Wasser.
Venant du ciel,
Vom Himmel kommt es,
Devant descendre zum Himmel
steigt es,
Sur terre
encore, und wieder nieder
Changement éternel. zur Erde muss es,
ewig wechselnd.
Le pur filet jaillit
De la
paroi Strömt von
der hohen,
Haute et abrupte, steilen Felswand der
reine Strahl,
Puis asperge avec grâce dann staübt r lieblich
D’eau vaporeuse in
Wolkenwellen
Le rocher
lisse, zum glatten fels ;
Légèrement s’y pose und leicht empfangen
Et ondule comme un voile, wallt er verschleiernd,
Dans un murmure
leisrauschend
Gagnant le gouffre. zur Tiefe nieder.
Si des rochers
Ragen klippen
S’opposent à sa chute dem Sturz entgegen,
De dépit il écume schäumt or
unmutig,
Et, par degrés,
stufenweise
Va vers l’abîme. zum
Abgrund.
En son lit
plat
Im flachen Bette
Il glisse vers les prés du val, schleicht er das Wiesental
hin,
Et c’est dans l’onde unie d’un lac und in dem glatten See
Que tous les
astres weiden ihr
Antlitz
Baignent leur
face. alle
Gestirme.
le vent est pour la vague Wind ist der Welle
Un amant caressant ; lieblicher Buhler,
le vent jusqu’au fond mêle Wind mischt vom Grund
Les vagues écumantes. aus schäumende Wogen
Âme de l’homme, Seele des
Menschen,
Que tu ressembles à l’eau ! wie gleichst du dem Wasser,
Destin de l’homme, Schilksal des Menschen,
Que tu ressembles au vent ! wie gleichst du dem Wind !
Sources ; Classiquenews.com
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