ANTIOCHUS ... Le Blog





Jugement

 

LE JUGEMENT MORAL, péremptoire, d’autrui est aussi peu approprié que la généralisation (*) et s’apparente comme elle à la bêtise et au mépris de l’autre.

S’il doit y avoir jugement (Comme conclusion tirée d’une analyse) il doit porter sur ce que fait la personne (sur ses actes, ses comportements) et en aucun cas sur ce que l’on suppose (projette ?) qu’elle est. Le jugement qui prétend que telle ou telle personne est « ceci » ou « cela » (très souvent négativement, bien entendu) est  dangereusement du côté du racisme ordinaire, au plus, ou de l’irrespect, au moins.

Sachant que les jugements moraux que l’on porte sur les autres sont fréquemment des « projections » (*) de ceux que l’on a porté sur nous (ou qui sont en nous) ou bien que le « jugeant » porte sur lui-même, il est nécessaire se distancier d’eux et cesser de les proférer puisqu’ils n’ont d’autres fonctions que de conjurer la peur que fait naître la différence (l’autre) et de nous renforcer dans nos certitudes (*). De surcroît, celui/celle qui juge doit s’attendre, sans s’en plaindre, à être jugé lui-même. Le jugement porté sur autrui ET/OU sur soi-même devrait idéalement être équilibré (au moins bienveillant), donc du côté de la justice et de la tolérance …

Juger, c'est cesser de chercher à comprendre l'autre !

Demandons-nous sincèrement pourquoi nous détestons certaines personnes. Est-ce parce que nous ne sommes pas parvenus à les aimer ?

L’amour ne devrait-il pas être toujours préféré à la haine ? La vie est si courte ... (sourire - un peu naïf - d'espoir !)

A.

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(*) Généralisation : conclusion abusive à partir d’un fait constaté ou simplement supposé.

Une petite histoire à propos de généralisation (entendue, enfant, dans la bouche d’un enseignant) Elle n’est pas aussi absurde qu’il y paraît :

« Un anglais arrive pour la première fois à Calais. Une française en robe rouge attire son regard. Il en tire la généralisation suivante : toutes les françaises portent des robes rouges ».

 

(*) Certitudes : si elles sont érigées en système (dogme ?), les certitudes sont un poison pour l’âme. Même si, ponctuellement, elles aident à vivre, c’est le doute qui met sur le chemin de la Liberté.

 

(*) Projection : On « projette » sur quelqu’un quand on lui attribue des qualités, des défauts, des intentions qu’il n’a pas en réalité. Nous chargeons "l'autre" de sentiments coupables ou exagérément compassionnels dont nous ne voulons pas admettre la présence en nous-mêmes.

 


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Ven 22 oct 2010 10 commentaires

Demandons-nous sincèrement pourquoi nous détestons certaines personnes. Est-ce parce que nous ne sommes pas parvenus à les aimer ?

 

Je pense que c'est uniquement parce que nous ne faisons pas l'effort de vouloir les aimer.

Aimer est un effort, toujours, puisque cette attitude exige justement (et comme tu le le signales très bien) un minimum de bienveillance de notre part. Aimer (dans le sens de montrer à l'autre que notre souhait est son bien-être) est toujours une volonté délibérée.

Aussi, concernant le type de jugement que tu décris, je suis à 1000% de ton avis et entends bien rester aussi naïf que toi quant au choix de l'amour plutôt qu'en celui de la haine (même si en moi, certaines ont la vie dures...)

 

A bientôt!

Catharsis - le 22/10/2010 à 14h06

Je ne suis par sûr, cher Catharsis, que "aimer" soit du côté du "vouloir" ... Ce si beau sentiment ne procède pas de la raison (à mon humble avis) c'est ce qui en fait la grandeur et la beauté ... Même si, comme tu le dis si justement il faut faire quelques efforts pour en maintenir la cohérence au long cours ... Il y a tant de façon de concevoir l'Amour ... il y a eu ici un débat autour de l'Amour avec un grand "A", avec beaucoup de commentateurs (trices), qui était très enrichissant et instructif - tu ne l'as peut-être pas lu il est ici : http://0z.fr/SPADA

ANTIOCHUS

Bonjour,

j'ai lu votre texte sur le Jugement avec intérêt et j'aimerais savoir comment vous parvenez à concilier - car moi je n'y parviens pas -  le désir d'aimer et de respecter l'autre, de manière universelle, avec l'impossibilité d'aimer, en particulier, quand cet autre professe une vision du monde qui vous paraît injuste, mensongère, inégalitaire et n'est en réalité que le fruit d'une ambition personnelle qui se drape d'innocence.

ange-au-sourire - le 23/10/2010 à 17h59

Bonjour "Ange au sourire" (celui de Reims ?) bienvenue sur ce blog !
Ce que je décrit par rapport au jugement est une sorte d'idéal à atteindre ... Tout comme vous je n'y parviens pas tous les jours. D'autre part on ne peut aimer tout le monde et le jugement moral et péremptoire (même s'il peut être dommageable) est parfois nécessaire pour nous protéger. c'est quand cette sorte de jugement là devient un système appliqué à tous que les problèmes surviennent !
Bonne journée, à bientôt !
Antiochus

ANTIOCHUS

L’amour est une chose et aimer une autre chose.
L’amour est un sentiment  qui est en nous, uniquement en lien avec nous-mêmes.
Celui ou celle aimé(e) n’a pas besoin d’être là, physiquement à nos côtés, pour que nous ressentions néanmoins notre amour envers lui, envers elle. Le sentiment est là et se suffit à lui-même, nous n’avons nul besoin de le justifier envers nous-mêmes ou quiconque.

Aimer par contre, c’est vouloir sortir ce sentiment hors de soi, le propager vers l’extérieur en lui donnant ainsi une forme à travers nos actes, nos mots ou nos expressions corporelles. Un sourire, une larme, de la colère, une main tendue, une lettre ou des cadeaux comme témoignage, tout cela est « aimer ».
Autrement dit, garder secret notre amour pour un être n’est pas l’aimer. C’est uniquement apprécier le sentiment qu'il nous procure et çà s’arrête là. Dans l’absolu il (ou elle) peut bien mourir, cela ne changera rien à la satisfaction que nous avons d'éprouver cet amour.


Par contre, entrer dans la démarche "d’aimer" peut considérablement changer la donne sur l’appréciation que nous avons de notre sentiment d'amour.
Selon l’accueil qui sera fait par l’être aimé des diverses expressions que nous donnerons à ce sentiment qu’il (ou elle) aura induit en nous, notre joie ou notre tristesse de le ressentir deviendra alors soit du plaisir soit de la souffrance.


Éprouver de l’amour pour quelqu'un ne demande aucun effort, strictement aucun (et en cela je rejoints ton point de vue). Cela s’installe en nous et nous ne pouvons qu’en prendre acte.  Mais aimer cette personne en conséquence est par contre un choix, celui de le lui faire savoir ou non pour commencer et après... qui sait ?


Sans doute est-ce pour cette raison que la mort d’un être aimé (mort physique, ruptures, séparations) est si souvent pénible à vivre. Le désir d’exprimer notre amour, d’aimer donc, se retrouve face à un vide... il ne peut plus être accueilli.

 

Bonne fin de week-end Antiochus.

Catharsis - le 24/10/2010 à 13h59

"L’amour est une chose et aimer une autre chose."

Magnifique profession de foi, Catharsis, concernant l'amour et l'acte d'aimer ... qui t'honore ! ... Ce commentaire est le miroir idéal du pessimisme relatif de ton dernier billet. Puis-je publier ton texte sous forme de billet (l'amour est un sujet qui intéresse tout le monde) car tous ne lisent pas les commentaires ... (signé de ton nom, avec un lien vers ton site : bien sûr)
A bientôt et merci pour ta sincérité !

ANTIOCHUS

Merci Antiochus de ta réponse. Si tu le permets, j'ajouterais que c'est un sacré job que d'essayer de dépasser ses limites et de tendre vers un idéal de fraternité (je dis tendre vers et non pas atteindre !). Lorsque je regarde l'Ange-au-Sourire de Reims - il me semble que je ne pourrais pas trouver plus belle expression du détachement - il incarne pour moi, pour reprendre cette belle formule, "être dans le monde sans y être". Le détachement (attacher vient de pieu, piquet), c'est en quelque sorte se libérer. Je crois que pour aimer d'amour avec un Grand A, il faudrait pouvoir dénouer tous nos noeuds (Laing en a parlé). Alors, il faut aimer dans l'espace de ce qui est possible (de ses limites) et travailler pour s'améliorer et donner un sens à sa vie et la rendre, enfin, bonne et aimable.

Bonne fin de week-end.

 

ange-au-sourire - le 24/10/2010 à 16h03

A moi de te remercier de ta réponse, ange-au-sourire, elle éclaire ce billet d'un soupçon de détachement bienveillant tout à fait bienvenu !
"Je crois que pour aimer d'amour avec un Grand A, il faudrait pouvoir dénouer tous nos noeuds"
Tu connais donc Ronald Laing ? Pape de l'antipsychiatrie (à une époque déjà lointaine ...)

ANTIOCHUS

bonjour, par ton article tu complètes le mien!

je n'attendais pas de jugement et tu as su analyser et trouver le coeur de l'article; je t'en remercie

je ne juge pas, même pas moi, je fais seulement un constat. quand à l'amour et la haine, elles aussi se complètent; on ne peut haïr que ce que l'on a aimé, sinon, l'on passe de l'un à l'autre sans sentiment; je ne sais même pas si le respect est présent, il est tolèrance, et la tolèrance pour moi est l'indifférence.

Je reprends ton article et approfondirai plus mon commentaire (je vais travailler)

belle journée

Pasteline - le 25/10/2010 à 13h34

Toi aussi, Pasteline, tu as bien compris ce que je cherche à dire dans ce billet ... Tu fais bien de différencier le jugement du constat (issu d'une analyse) même si, pour beaucoup, les deux notions sont confondues. Le "jugement" fait cesser les tentatives de compréhension de l'autre (puisque l'on croit avoir tout compris) Le "constat", au contraire, permet de continuer à découvrir l'autre (ou soi) en partant d'un nouvel angle !

ANTIOCHUS

pourquoi le jugement ?et pourquoi penser que le jugement est négatif, peut il faire penser à une sanction? Je pense qu'il est le reflet qu'il nous projette dans ce que l'on aime ou pas, il est notre moi en balance, et pour que que le poids soit égale il ne reste plus qu'à ne pas juger, car juger implique impérativement que la balance se trouvera en déséquilibre. Déséquilibre positif ou déséquilibre négatif mais déséquilibre.

Est on obligé d'aimer? c'est un beau sentiment, il est vrai, haïr est aussi un sentiment, c'est la souffrance de l'amour; où il y a haine, il y a eu amour, sinon là aussi la balance se retrouve en équilibre et la tolérance apportent la stabilité peut être mais l'indifférence aussi

oui, il vaut mieux aimé avec le sourire plutôt qu'avec des larmes

belle soirée

Pasteline - le 25/10/2010 à 21h05

L'amour et la haine sont effectivement comme les deux faces d'une même pièce ... comme le Yin et le Yang ... l'amour vrai, sincère, est de ce fait sur le fil du rasoir en permanence !
Bonne journée Pasteline

ANTIOCHUS

Nos secrets sont notre seule "propriété", mais une fois exprimés, révélés, ils ne nous appartiennent plus, c'est là mon avis.

Donc tu as le champs libre pour faire ce que tu veux.

 

A bientôt Antiochus.

Catharsis - le 26/10/2010 à 14h13

Merci de ta confiance, Catharsis, parution demain matin !

ANTIOCHUS

J'aime bien venir chez toi Antiochus prendre quelques cours de philosophie entre tes articles d'une qualité rare et les réponses non moins précieuses de quelques uns de tes commentateurs, je suis vraiment gâtée. Merci d'enrichir ainsi mon âme malgé moi.  

Cat - le 26/10/2010 à 18h15

A moi d'être confus, chère Cat, par tant de compliments ... Les sujets que je propose ici sont, dans mon esprit, autant de petites fenêtres par lesquelles on peut regarder - ou pas. Ces ouvertures me profitent aussi, bien sûr, et procèdent de mon propre chemin d'évolution (en toute modestie !)
Amitiés

ANTIOCHUS

Je ne suis pas Anti..., mais la plus distaite du monde ne saurait t'en tenir rigueur!

Cat - le 29/10/2010 à 09h41

OUPS !!!! Mille excuses !!! erreur rectifiée Cat.

ANTIOCHUS

Il est difficile d'échapper au jugement d'autrui,meme en s'efforçant de ne pas porter de jugements intempestifs soi meme.Il est dans la nature humaine de se méfier ,d'observer et de craindre tout ce qui est "différence"..Meme l'empathie est parfois perçue comme une bizarrerie..beaucoup de distance entre la pensée théorique qui consiste à ne pas remettre en cause quelqu'un,lorsqu'on n'est tout simplement pas d'accord avec cette personne sur une opinion,ou un acte...et la pratique.Mais ça vaut la peine d'essayer d'avoir un regard moins aiguisé sur ceux qui nous entourent.

Calliope - le 31/10/2010 à 20h13

Oui, Calliope, essayer de juger autrui à propos de ses actes et non sur ce qu'il est supposé être vue de notre point de vue ... est un noble but à atteindre. Le jugement moral de "l'autre" nous reviens comme un boomerang et ne résoud rien ! "Qui juge est amené à être jugé". La véritable relation/communication cesse lorsqu'un jugement (forcément péremptoire) est proféré ! C'est dommage et contre-productif ... à bientôt !
Merci de ta participation à ce passionnant échange sur ce sujet brûlant !

ANTIOCHUS